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De la médecine narrative... à la thérapie narrative

Elles portent le même qualificatif, sont des approches de la relation thérapeutique et partagent la même intention de redonner la parole aux personnes accompagnées. Et pourtant, la médecine narrative est distincte de la thérapie narrative.


Cet article est également accessible sur le blog de la Fabrique Narrative


Le Monde a publié en décembre 2024 un bel entretien avec Rita Charon*. Médecin interniste, professeure de médecine à l’Université de Columbia et docteure en littérature anglaise, elle est à l’origine de la médecine narrative. Cette discipline, appelée aussi médecine fondée sur le récit du patient, a pour objectif de replacer le récit du patient et son écoute au cœur de l’accompagnement médical et d’établir une relation qualitative, empreinte d’empathie, entre le patient et son médecin. Elle permet ainsi d’améliorer la relation thérapeutique notamment grâce à l’accueil et l’écoute des récits, et permet au médecin de développer une réflexivité dans son accompagnement et sa pratique. En employant des outils d’analyse littéraire, le médecin reçoit le récit du patient tout en jouant un rôle actif dans la relation, participant activement à la création de l’échange.


La thérapie narrative, développée par les thérapeutes australien et néo-zélandais Michael White et David Epston, a pour intention de rendre les personnes autrices de leurs vies. Elle propose d’explorer les récits de vie qui sont constitutifs de leur identité en tant qu’individus, tout en mettant la lumière sur les histoires et les relations qui vont leur permettre de trouver et déployer de nouvelles ressources, à travers leurs valeurs, espoirs, forces, talents, intentions. La richesse de cette approche est de considérer chaque personne comme étant « multi-histoires » ; elle ne réduit donc pas la personne à un récit en particulier. Dans le domaine de la santé par exemple, elle ne s’intéressera pas uniquement à son expérience de la maladie. Selon la formule consacrée, elle soutient que « la [maladie] est la [maladie], la personne est la personne, la [maladie] n’est pas la personne ». Et, par le biais d’un processus externalisant, elle va permettre de déconstruire les récits identitaires enfermants tout en ouvrant les perspectives et donnant plus d’espace à ce qui est précieux et important pour la personne.


Dans une correspondance avec Catherine Mengelle, celle-ci me précise : « [En tant que thérapeutes narratifs,] nous ne lisons pas dans nos patients - car lire, c'est interpréter, c'est, en tant que lecteur, réécrire le récit de l'auteur à sa façon ; lire, c'est traduire un texte dans sa propre langue avec ses propres préoccupations. Nous, nous aidons nos patients à lire en eux ce qu'ils ont envie d'y lire qui est susceptible de les aider à vivre mieux. Si nous lisons en eux, ce qui nous arrive parfois, nous ne leur soumettons notre interprétation qu'avec beaucoup de délicatesse et en envisageant la possibilité de nous tromper du tout au tout. […] Quand la médecine veut lire dans le récit du patient, elle est dans son rôle interprétatif, poseuse de diagnostics. Et c'est important qu'elle pose des diagnostics. Nous n'exerçons simplement pas le même métier ».


Médecine narrative et thérapie narrative se distinguent donc dans leurs focales, dans leurs approches et dans leurs origines. Mais elles peuvent tout à fait se compléter et s'enrichir l'une l’autre, dans les questionnements posés aux patients, dans l’exploration et la valorisation de leurs ressources internes, et dans l'exploration de la diversité des « paysages » offerte par la thérapie narrative.


Finalement, et c’est peut-être là l’essentiel, dans les métiers du soin et de la relation thérapeutique, l’un des aspects importants est de proposer un espace d’écoute et d’accueil à la personne accompagnée, pour redonner de la valeur à la subjectivité de l’expérience, donc à ce qui est vécu et ressenti. Pour cela, l’attention, la présence et la subjectivité du praticien sont tout aussi importantes. Et en tout cela, la médecine narrative et la thérapie narrative se rejoignent. Car en effet, toutes deux :

  • permettent aux personnes de donner une nouvelle vision et un sens à l'une de leurs histoires ;

  • leur redonnent la capacité à mettre des mots sur ce qu’elles traversent et les reconnectent donc à une forme de créativité ;

  • leur permettent d’être entendues, écoutées, en les mettant au centre de l’attention, et donnent ainsi la parole aux premiers concernés dans la maladie ou dans leurs histoires de vie ;

  • remettent de l’humanité dans la relation thérapeutique, avec une qualité empathique fondamentale ;

  • supposent pour le-la praticien-ne de prendre le temps de l’écoute, une écoute engagée, sans connivence, rendant singulier ce qui peut lui sembler familier, et limitant les préjugés.


Merci à celles et ceux qui m’ont partagé cet article et qui me donnent l’occasion de clarifier ma pratique en tant que thérapeute narratif, même si ce pont entre disciplines mériterait un article beaucoup plus étoffé. N’hésitez pas à commenter si vous avez une autre vision ou si vous souhaitez apporter des précisions/compléments à mes propos ! :)





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