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Les pratiques des naturopathes en matière de santé intégrative : entre ouverture, synergie, humilité

J'ai mené un sondage auprès de 250 naturopathes en France* pour qualifier leurs pratiques en matière de collaboration avec des médecins et praticiens de santé complémentaires. L’enquête permet ainsi de caractériser la place de la naturopathie en France, et plus particulièrement dans la médecine intégrative. Cette dernière est définie comme étant « l’alliance des médecines conventionnelles et complémentaires dans une approche scientifique validée, centrée sur le patient. Elle propose une vision pluridisciplinaire »**.



Comment les naturopathes s’insèrent-ils dans le paysage de la santé en France ? Quelles pratiques synergiques mettent-ils en œuvre ? Quelles qualités déploient-ils pour renforcer cette collaboration ? L’enquête propose des éléments de réponse.



Huit naturopathes interrogés sur 10 établissent des relations de travail avec d’autres praticien-ne-s de santé, qu’ils soient conventionnels ou complémentaires


Si la naturopathie n’est pas encore une discipline reconnue en France, l’enquête met en exergue les pratiques collaboratives déjà existantes entre naturopathes, médecins et autres praticiens de santé complémentaires.


Sur un échantillon de 250 naturopathes, 80% d’entre eux (200) ont déclaré travailler avec d’autres praticiens de santé pour leurs consultants.

  • Parmi ces 200 naturopathes, 94% travaillent en collaboration avec des praticiens complémentaires, essentiellement des ostéopathes (86%), des psychologues (63%), des sophrologues (63%), mais aussi des réflexologues, des masseurs bien-être, des hypnothérapeutes.

  • Parmi ces 200 naturopathes également, près de la moitié déclare avoir des contacts dans le cadre de leur pratique avec des médecins, essentiellement des généralistes (85%), des gynécologues (31%), des dentistes (21%), des médecins hospitaliers (10%) mais également des oncologues, des homéopathes et des cardiologues. Près de la moitié de ces naturopathes ont moins de deux années de pratique, quand un dixième d’entre eux ont plus de 10 années d’expérience.

  • Les médecins font appel aux naturopathes interrogés particulièrement pour les cas de troubles chroniques digestifs (69%), la gestion du stress et de l’anxiété (66%), le soutien en confort de vie (55%), la prévention (43%), les troubles du sommeil (32%) et les troubles chroniques cutanés (21%).

Pour les 20% n’ayant pas encore de pratique synergique, l’essentiel d’entre eux souhaitent se diriger vers un travail collaboratif avec d’autres acteurs de santé.



Les pratiques synergiques mises en œuvre par ces naturopathes mettent en lumière la volonté de s’inscrire dans un cadre plus large

62% des naturopathes interrogés ayant des pratiques synergiques ont mis en place des dispositifs variés pour permettre une ouverture dans leur pratique. Un certain nombre d’entre eux partagent par exemple leurs lieux d’exercice (23%) et sont ainsi intégrés dans des « pôles », des « instituts » ou des « centres pluridisciplinaires ».


Ils partagent leurs lieux d’exercice avec notamment : des ostéopathes, diététiciens, psychothérapeutes, hypnothérapeutes, coachs, podologues, sophrologues, sage-femmes, kinésithérapeutes, réflexologues, infirmiers. Dans ces espaces, les consultants peuvent être accompagnés par les praticiens indépendamment les uns des autres, ou bien de façon collégiale. Dans ce cas, avec l’accord des consultants, des discussions et échanges entre praticiens peuvent avoir lieu.


Certains disposent également de listes et fichiers de contacts vers lesquels ils peuvent réorienter leurs consultants. Enfin, parmi les autres « dispositifs » mis en œuvre par ces naturopathes, on trouve notamment : l’appartenance à des réseaux de praticiens, l’établissement de parcours santé avec d’autres praticiens ou encore la pratique d’intervision-supervision.



L’action au service des consultants et la conscience de ses propres limites : deux facteurs de motivation à l’approche intégrative


Si nombre de ces naturopathes ont rencontré des difficultés dans leurs démarches d’ouverture, la volonté de proposer l’accompagnement le plus adapté, le plus respectueux et le plus éthique reste plus forte. Dans les facteurs de motivation à l’approche intégrative figurent notamment :

  • Le souhait que leurs consultants soient bien accompagnés et se sentent entourés dans leur parcours de santé (80%) ;

  • Le besoin de pouvoir orienter leurs consultants avec confiance s’ils ne sont pas en mesure de les accompagner (89%) ; et

  • La conviction de l’intérêt et de la pertinence du travail collaboratif et de l’approche intégrative en santé (80%).

Pour ces naturopathes, l’ouverture d’esprit, l’humilité, l’intelligence relationnelle et le sens du partage font partie des qualités comportementales essentielles et nécessaires à la posture collaborative.




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Les résultats de l’enquête montrent l’existence de pratiques synergiques informelles entre naturopathes et autres praticiens de santé, qu’ils soient conventionnels ou complémentaires. Ils mettent aussi en exergue le caractère consciencieux de l’exercice de la profession de la naturopathie : les praticiens interrogés demeurent au fait de leurs propres limites et de celles de la naturopathie. Cela les encourage à non seulement agir avec humilité, mais aussi et surtout en complémentarité avec d’autres praticiens de santé. C’est une posture importante dans un contexte où près d’un français sur deux a déjà eu recours à la naturopathie***.

Enfin, les entretiens menés en complément du sondage laissent émerger la conviction que s’inscrire dans un cadre plus large, avec des représentants de la médecine conventionnelle et d’autres praticiens de santé complémentaires, permet également de démontrer et d’assurer une démarche non-dogmatique.








* Les instances représentatives des professionnels de la naturopathie estiment à plus de 6 000 le nombre de praticiens naturopathes actifs en France. L’échantillon représente ainsi environ 4% de la population totale.

** CUMIC, Collège Universitaire de Médecines Intégratives et Complémentaires.

*** Sondage mené par Cluster 17 pour Le Point.



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Quelques précisions sur les vocables utilisés dans cette enquête :


Les praticiens de santé conventionnels désignent les professionnels de santé au sens du code de santé publique. Cela inclut notamment les professions médicales (médecins, odontologistes, chirurgiens-dentistes et sages-femmes) et les auxiliaires médicaux.


Les praticiens de santé complémentaires désignent les praticiens de santé n'appartenant pas au corps médical, mais agissant en qualité de thérapeutes et proposant un accompagnement complémentaire au traitement médical.


Les consultant-e-s désignent les personnes accompagnées par ces praticien-ne-s de santé.


Ici, le « travail » ou la « collaboration » avec d’autres praticien-ne-s de santé inclut tous les types de collaboration au sens large pour des consultant-e-s, notamment :

  • l’exercice en cabinet partagé ou centre de santé ;

  • l’appartenance à des réseaux territoriaux de praticien-ne-s ;

  • des échanges réguliers non nécessairement systématisés entre praticien-ne-s ;

  • les références et recommandations avec d'autres praticien-ne-s ;

  • etc.

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